lundi 8 septembre 2014

Livre de Valérie Trierweiler : une vraie gifle au machisme ! - Le Point

Livre de Valérie Trierweiler : une vraie gifle au machisme ! - Le Point

Livre de Valérie Trierweiler : une vraie gifle au machisme !

Valérie Trierweiler, une femme libre, ici en Inde, juste après l'annonce de sa rupture avec François Hollande.

La classe politique trouve l'audace de Mme Trierweiler inqualifiable. Voire sacrilège, se hissant presque au crime de lèse-majesté, ou lèse-République, puisque son livre souillerait la haute fonction présidentielle - qui n'a pas pourtant pas attendu ce nouvel assaut pour être largement discréditée depuis ces dernières années. Et que souhaitait-on qu'elle fît ? Rester tranquille à domicile à ruminer sa disgrâce, après avoir été renvoyée en quelques lignes plus que maladroites et insultantes pour la gent féminine ? Faire profil bas après avoir été largement humiliée devant la planète ?

Pourquoi pas, après tout, d'autres sont passées par là et n'ont pas réglé leurs comptes en public. Le meilleur exemple reste Hillary Clinton, après l'affaire Monica Lewinsky, qui a préféré pardonner plutôt que répliquer. Mais l'histoire n'est pas la même : Bill Clinton n'a pas quitté sa femme, et surtout, Hillary a une ambition politique, elle se devait de soigner son image pour garder l'empathie générale. Et puis, c'était il y a seize ans, autant dire une éternité...

Louis XV et le Parc aux cerfs

Chez nous aussi, les premières dames ont bu le calice jusqu'à la lie sans broncher. On se souvient de la très grande discrétion d'Anne-Aymone Giscard d'Estaing auprès d'un époux réputé volage - Mitterrand le comparait à "Louis XV et le Parc aux cerfs"... Question d'éducation et de génération, madame doit tout supporter, comme dans les romans balzaciens du XIXe siècle.

>> Lire aussi Premières dames, les captives de l'Élysée (édition abonnés)

Le même scénario se répète sous François Mitterrand, qui cache sa seconde vie aux Français jusqu'à la fin de son mandat, et laisse Danielle Mitterrand donner un sens à sa vie en s'activant au sein de sa fondation. Un partenariat, pour éviter le divorce, synonyme de mort politique à cette époque. Danielle Mitterrand attendra la mort de son mari pour évoquer, à demi-mot, une vie privée qu'ils ont soigneusement camouflée. "Assumer un double foyer fut, pour chacun des acteurs, un exercice d'équilibriste des plus périlleux. Il fallut beaucoup, beaucoup d'amour..." reconnaîtra-t-elle pudiquement dans son livre Mot à mot, en 2010.

"Les filles, ça galopait..." (Bernadette Chirac)

Bernadette Chirac n'échappe pas à cette règle : elle se tait, mais n'en pense pas moins et compte bien exister. Depuis l'affaire Mazarine, les moeurs ont évolué, les électeurs peuvent comprendre. Elle est finalement la première à briser le tabou, avec habileté, au cours du mandat de son mari : Jacques est un amateur de femmes, et alors ? dit-elle en substance à Patrick de Carolis dans le livre Conversation. "Il avait un succès formidable. Bel homme, et puis très enjôleur, très gai. Alors, les filles, ça galopait. Heureusement qu'il y a la philosophie de l'âge. Mais, oui, bien sûr, j'ai été jalouse. Il y avait de quoi, écoutez ! La chance de mon mari, c'est que j'ai été une fille très raisonnable, je crois." L'acceptation dans la dignité, en quelque sorte. On salue alors l'honneur et la dignité d'une première dame, si compréhensive. Et qui sait rester à sa place.

Autre évolution avec Cécilia Sarkozy, qui ne courait pas après la fonction, loin de là. Après un feuilleton rocambolesque, où elle quitte Nicolas Sarkozy puis revient à ses côtés, elle entre enfin au palais de l'Élysée en 2007..., avant d'en claquer la porte cinq mois plus tard : une première et un bel esclandre à la clef. Cécilia Sarkozy se comporte en femme émancipée qui n'entend pas entrer dans un moule ou faire semblant pour la galerie. Mais pas de livre, pourtant, ni de règlement de comptes pendant le quinquennat de son mari. Il faut attendre fin 2013 pour que l'ex-première dame donne sa version des faits dans Une envie de vérité, sans multiplier les critiques acerbes. "Je ne suis pas une rebelle, explique-t-elle. Ce qui nous est arrivé est une chose banale. Il se trouve que mon mari était président de la République. Mais ce n'était pas du courage, c'était ce qu'il fallait faire pour être en accord avec moi-même."

Le couvent pour les favorites répudiées

Avec Valérie Trierweiler, une nouvelle étape est franchie : le livre sort sept mois seulement après la rupture, en plein mandat, avec les piques que l'on sait. Mais fallait-il s'attendre à des souvenirs de chaisière ? L'ex-compagne du président est une journaliste, financièrement indépendante, travaillant pour un magazine populaire, qui a son tempérament et vit avec son époque. En cela, sa réaction s'apparente à celle de nombre de femmes bafouées qui n'hésitent pas à répliquer sur les réseaux sociaux ou ailleurs après une violente humiliation. "Un point partout, la balle au centre", pourrait-on dire, même si certains déplorent cet étalage de vie privée. Mais n'est-il déjà pas partout, avec ces émissions intimes sur le petit écran et ces confessions familiales publiées chez tous les éditeurs ?

Il fut un temps où les reines répudiées et les favorites envahissantes finissaient au couvent, où elles digéraient leur disgrâce, confites en dévotion. C'était bien pratique : on n'entendait plus parler d'elles et la mort finissait par les emporter dans les limbes de l'histoire. Le monde politique, bien trop longtemps masculin, a mis du temps à admettre que les femmes puissent jouir des mêmes droits que les hommes.

Les victoires féministes, on l'oublie trop souvent, datent seulement d'hier, c'est-à-dire des années 1970. Et Valérie Trierweiler, 49 ans, a grandi naturellement avec ces nouveaux acquis. Pourquoi n'aurait-elle pas droit à la parole ? À la réplique ? À la vengeance ? Et que lui reste-t-il pour se faire entendre sinon la possibilité de publier un livre pour délivrer sa vérité, qui vaut bien celle d'un autre ? En cela, son coup de gueule est son droit le plus strict de femme libre.

Consultez notre dossier : Trierweiler : le livre qui fait trembler la République



Envoyé de mon Ipad 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire